Avec le temps...

Jeanne Perdiel-Vaissière

Jeanne Perdriel-Vaissière

 

Extraits du recueil "Vendée" dans "Le Toit sur la hauteur" (1923)


 

Les toits des villages, au loin,

Ont la pourpre exquise et déteinte

D'un bouquet de lilas fané.

 

Ils sont plats sur des maisons claires,

Leurs tuiles courbes et rejointes

Les ont froncés et godronnés;

 

Tous les murs, pignons ou façades,

Portent un lourd feston de vigne

Et les rameaux droits d'un poirier;

 

L'ambre liquoreux de l'autome

Coule en or sur le pampre insigne

Et se rouille sur l'espalier.

 

Les femmes sont brunes; leur bouche -

"Ah! bonnes gens!".." -  courbe, attendrie,

Un parler flexible et chantant;

 

Leurs dents luisent, leurs yeux deviennent,

Quand ils s'étonnent et sourient,

Très doux, très froncés et très grands.

 

Entre la Loire et la Garonne,

Vêtus de forêts bruissantes,

Gemmé d'innombrables étangs,

 

Mîtré de chapelles romanes,

Vert comme un ruisseau plein de menthe,

Le pays bocager s'étend.

 

Agrafe d'émail qui reflète

En les rapprochant deux camées

Dont les profils sont différents,

 

Il rejoint sur la souple chaîne,

La Bretagne aux lèvres fermées,

La Guyenne aux yeux caressants;

 

Et dans la forme, dans la race,

Dans la saveur de la contrée

Fleurant la treille et le blé noir,

 

Se mirent jusqu'à se confondre

Les deux images séparées

Par l'or docile du fermoir.

 

 

 

 

La Vendée avec ses châteaux de Barbe bleue,

Ses tours de Mélusine et ses étangs païens,

Ses détours et ses creux qui cachent les chemins,

Ses collines, là-bas, sur tant et tant de leirues,

Ce pays t'est livré, son sommeil t'appartient.

 

Salut, Dame des soirs, chouette mystérieuse

Que ne séduisent point les appeaux et les lacs!

Abandonnant le jour aux bestioles peureuses,

Tu veux pour toi la nuit qu'on ne partage pas.

 

Dans les branches, la lune est prise par la corne,

La terre est violette où les labours sont frais,

Et l'automne qui tremble au feuillage des ormes,

Apporte un soir glacé comme une urne de grès.

 

Qui vous exprimera, longues nuits de Vendée,

Sinon l'occulte voix qui chevrotte, s'étend,

Semble à son propre écho se reprendre, attardée,

S'appelle et se répond, seule, indéfiniment?...

 

Chouette rousse! déjà, les noix sont écalées,

Les ronciers ont mûri le sang noir des saisons,

L'ombre ne bouge plus, de silence oppressée,

C'est l'heure!... insidieux et lugubre frisson!...

 

Je te salue, accent précis, âme sauvage,

Souveraine des bois et des châteaux hantés,

Marraine de Jean Chouan qui n'avait de bagage

Qu'un coeur rouge, une fourche et sa fidélité!

 

Vois qui reviens, lointaine et sournoise, des guerres...

Voix qui rôdais autour des partis embusqués

Et que tranchaient, surgis brusquement des clairières,

Le sifflement des faux et le feu des mousquets.

 

Vendée!... Ecoute: au creux des arbres fatidiques,

Rompant d'un coup l'anneau des jeteuses de sort,

Un cri cherche, tenace, il persiste, il s'applique,

Impérieux amant sur ta bouche qui dort,

 

Et tandis qu'au boutoir de sa corne aiguisée

La lune a défoncé le feuillage, voici, -

Enfin! - que te délivre, augurale Vendée,

Le long ululement qui possède la nuit.



22/11/2010
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour